Conférence du 17 décembre 2006 au Centre de Géologie TERRAE GENESIS

Thème : «  Les roches vosgiennes : méthodes et étude »

 

            Les grands noms de la géologie vosgienne sont : BLANCHARD, BONHOMME, DESCHAMPS, von ELLER, FLAGEOLLET, FLUCK, GAGNY, GALL, HAMEURT, JUNG, MENILLET, ROCCI, SITTLER, VINCENT, … et d’autres encore qui ont littéralement construit le massif. Depuis lors, et passé cet âge d’or, très peu de laboratoires de recherche ont pris la relève. Tout ce travail, considérable, aurait eu besoin d’être poursuivi, approfondi, développé, ... Aujourd’hui, le Centre de Géologie relève le défi de la géologie vosgienne : quelles sont les roches présentes dans les Vosges ? Comment peut on les étudier ?

 

I. Les outils de la pétrologie vosgienne.

            1. La collecte des échantillons

Depuis bientôt trois ans, nous collectons l’ensemble des roches représentées dans le Massif Vosgien. L’inventaire informatisé compte aujourd’hui 821 références, dont 550 sont actuellement exposées au Centre de Géologie.

            2. La pétrologie macroscopique

Les échantillons collectés sont sciés et partiellement polis, puis présentés en fiches didactiques. Les quatre familles de roches sont : les roches magmatiques plutoniques (granites, diorites, ...), les roches magmatiques volcaniques (basaltes, rhyolites, ...), les roches sédimentaires (grès, calcaires, ...) et les roches métamorphiques (gneiss, migmatites, ...).

            3. La pétrologie microscopique

Développement le plus récent du Centre de Géologie, la mise en fonction d’un laboratoire permettant l’étude des roches à l’échelle microscopique. Première étape : la réalisation de lames minces de roches suffisamment fines (30 millionièmes de mètres, le tiers de l’épaisseur d’un cheveu) pour que la lumière puisse traverser la matière minérale. Seconde étape : l’observation avec un outil spécifique, le microscope photonique polarisant. Possibilité de travailler en « Lumière Polarisée Non Analysée » ou en « Lumière Polarisée Analysée ». Les structures sont ainsi révélées (grenue, microlithique, ou avec une orientation préférentielle, ...) et l’identification des minéraux est facilitée (couleurs de polarisation). C’est un outil très puissant.

 

II. Les roches qui témoignent de l’histoire alpine

            1. Le calcaire oolithique : un climat chaud

Etude de la structure de la roche : les oolithes. Formulation d’hypothèses sur les conditions de formation : milieu marin, plate forme continentale, climat sub-tropical, houle sensible, ... Les Vosges étaient bien différentes d’aujourd’hui ! C’était il y a 180 millions d’années (au Mésozoïque).

            2. Les « basaltes » : l’ouverture du fossé rhénan

Etude d’une roche rare : les ankaratrites. Manifestation volcanique lors de la mise en place du fossé d’effondrement : le rifting est ainsi établi. Mais les conditions tectoniques d’il y a quelques dizaines de millions d’années (au Cénozoïque) ne sont pas restées favorables à la création d’un océan rhénan.

 

III. Les roches qui témoignent de l’histoire varisque

            1. Les péridotites d’origine mantellique

Roches exceptionnelles des Vosges, les « péridotites serpentinisées à fantômes de grenats » montrent les indices d’une formation à plus de 150 kilomètres de profondeur, dans le domaine de stabilité du diamant ! Sous la croûte continentale, dans le manteau terrestre, lieu par excellence réputé totalement inaccessible ... Il faudra imaginer de grands bouleversements datant de 330 millions d’années (au Paléozoïque) pour trouver les raisons d’une mise à l’affleurement aujourd’hui ... C’est l’histoire de la chaîne collisionnelle varisque.

            2. Les lamprophyres sphérolitiques

Roches originales car issues de la rencontre improbable entre deux magmas diamétralement opposés. De nombreux filons sont redécouverts aujourd’hui montrant parfois (rarement) un faciès « variolaire » ou sphérolithique » qui avait fait proposer par Claude GAGNY le nouveau nom de « bussangite ».

 

            Le Massif Vosgien présente une diversité pétrologique exceptionnelle. Le Centre de Géologie TERRAE GENESIS développe des méthodes macroscopiques et microscopiques dans le but de révéler au public la très grande richesse patrimoniale qui existe sous nos pieds. La démarche de certains universitaires nous accompagne dans cette voie. Notre motivation est considérable ... Comme le notait Jean ROSTAND : « Celui qui ne sait pas regarder dans son jardin, ce n’est pas la peine qu’il fasse le tour du monde, il ne verra pas plus de choses. »

 

Cyrille DELANGLE

professeur de Sciences de la Vie et de la Terre au lycée André MALRAUX de Remiremont

responsable du Département de Pétrologie au Centre de Géologie TERRAE GENESIS