Conférence du 18/02/2007 par M. Pierre Rivoallan

 

LE GRANIT ET SON HISTOIRE

 

-         Nature du matériau

-         Composition : quartz, feldspath, mica

-         Densité 2750 à 3000 kg/M3

-         Résistance à l’écrasement 1000 kg /Cm2

-         Résistance aux acides

 

Les premiers témoins du travail du granit  :

 

Les égyptiens semblent avoir été les premiers à utiliser le granit et exploitent très tôt des carrières de granit comme en témoigne l'obélisque de la place de la Concorde à Paris, monolithe de granit rosé de 22,83 m de long, par 2,44 x 2,44 à la base ; extrait des Carrières d'Assouan vers 1300 avant JC.

Cet obélisque a été donné à la France en 1831 par Mehemet Ali sous Louis Philippe.

A l'aube du 21ème siècle on se pose toujours la question de savoir avec quels moyens techniques

les égyptiens ont-ils pu extraire au 13éme siècle des monolithes de plus de 20 m de long.

Enigme ???

 

Les premiers indices du travail du granit, dans les Vosges, remontent à l’édification du monastère du St Mont ou pour être plus exact du Castrum Habendum (soit le château ou Mt Haben).

En effet, des colonnes en granit sont visibles à l’auberge St Romary de St Etienne lès Remiremont.

Ces colonnes proviennent de l’ancien monastère qui remonte en l’an 600/650. Toutefois aucun document n’a été pour le moment  retrouvé quant à l’élaboration de ces colonnes.

Il s’agit d’un granit du type gris bleu de la Bresse. Pour le lieu d’extraction, il est tout à fait impossible d’en connaître l’origine. Ces colonnes ont très bien pu être débitées et taillées dans des blocs erratiques déposés par les glaciations sur les alentours du Fossard alors que l’origine de la roche même est beaucoup plus en amont.

 

 

Origine de l’industrie granitière Vosgienne :

 

C’est en 1774 que datent les prémices de l’industrie granitière Vosgienne.

Les mines de Giromagny n’étant plus rentables, leur directeur M.Patu de Hauts champs décide d’utiliser le savoir-faire des mineurs pour fabriquer des objets en granit. Cette entreprise de Giromagny cessera son activité quelques années plus tard.

En 1776, viendra s’installer à St Etienne lès Remiremont, une nouvelle graniterie au bord de la Moselle, probablement pour utiliser la force hydraulique. Mr Patus des Haustschamps, auditeur à la Chambre des Comptes de Paris , demande à la ville de Remiremont de lui vendre un terrain pour construire une usine destinée à la transformation du granit en vases, fontaines, socles de statues, colonnes ...... Tous ces objets sont destinés aux palais nationaux,Opéra, Louvre, château de Fontainebleau..... châteaux et en général aux grands du royaume le Duc d’Aumont, Marie-Antoinette, le roi Louis XVI, etc…

 

La force hydraulique convoitée par les Moulins de la Salle obligent l’entreprise granitière à déménager vers Ramonchamp ou sera installée une unité de production. Cette entreprise fonctionnera de 1778 à 1815.

Vers 1805, une autre graniterie s’installa à St Maurice s/Moselle. Elle utilise des machines rudimentaires de sciage qui fonctionne avec du sable et de l’eau.

 

Début de l’industrialisation :

 

L’engouement de la transformation  du granit se propage dans toute la région.

Dès 1827, une entreprise de Clefcy exploite du granit noir et le transforme en vases, bassins de décoration de toute nature. Elle verra ses effectifs atteindre environ 80 personnes en 1890.

L’utilisation de granit prend ensuite de l’importance, de nombreux ateliers de transformation s’installent pour faire face à la demande grandissante de ce matériau si résistant qu’est le granit.

La demande sous l’égide du Baron Haussmann, de bordures de trottoir, bordures de quai pour les ports, de pavés pour les rues etc …

Dans la vallée de la Cleurie, de St-Amé jusqu’à Gérardmer, région très riche en granit gris et d’une texture très fine, s’ouvrent de nombreuses carrières. Le granit est relativement facile à extraire. Sa fragmentation en petits blocs est très propice à la fabrication du pavé. Dans ce secteur, une très forte activité favorise de nombreux emplois de paveurs.

Vers 1850, est ouverte la première carrière importante dans la vallée de Cleurie. La production est orientée essentiellement dans la fabrication de pavés dont les principaux clients sont la région du Nord et surtout la ville de Paris.

Cette nouvelle activité progressera considérablement. La période de 1870 marquera un pic de croissance, l'industrie du pavé  employait environ 2000 personnes réparties entre St Ame et Gérardmer et également Saulxures/Moselotte.

Le choix de ses sites étaient guidés par la texture de ces granits à grains fins , propres à la fabrication du pavé

 

L’activité granitière vosgienne de 1774 à 1900 se caractérise par l’utilisation d’outils manuels très

sommaires.

 

En effet, on peut classer ces outils en 3 catégories :

 

En carrière, on utilisait

·       la barre à mine en acier pour perforer des trous et y mettre un explosif (poudre noire). La perforatrice à air comprimée n’existait pas, il fallait taper à la masse sur la barre à mine avec un mouvement rotatif. En général 2 hommes tapaient simultanément.

·       des coins d’aciers pour débiter en petits blocs,

·       des treuils à mains pour manutentionner et charger les blocs sur les espagnoles

·       des crics pour soulever les blocs

·       des rouleaux en bois sur lesquels on déplaçait les blocs

·       des petits diables

Il va sans dire que l’arrivée sur le marché de perforatrices fonctionnant à l’air comprimé (compression d’air) va révolutionner le dur travail des carrières.

 

Dans les ateliers, le travail du granit se faisait essentiellement à la main. C’est la qualification que l’on donnait dans le granit lorsque l’on utilisait des outils en aciers à savoir :

·       La pointe ( pour dégrossir)

·       Le ciseau (pour les arêtes)

·       La boucharde à main 25 à 100 dents (pour finir)

·       Les coins pour dédoubler éventuellement des blocs trop gros (mortoises).

·       Sans oublier bien évidemment, la massette.

Au polissage : Les produits transformés pendant cette période (1774/1900), ne nécessitaient pas de polissage. Les rares entreprises qui s’aventuraient à polir des éléments de monuments funéraires (environ 1900) ne disposaient que d’un seul outil « le martin » bloc de fonte de 20x15x12 cm sur lequel était fixé un manche en bois qui permettait dans un mouvement de va et vient d’user la surface bouchardée avec bien entendu un apport de grenaille de plus en plus fine et d’eau. On obtenait le brillant avec un outil semblable mais en plomb. On imagine aisément la pénibilité de cette opération.

 

Hélas, en 1913/1914 un concurrent très sérieux pour le pavé granit voit le jour… « le bitume » (mélange de goudron et de gravier), moins cher et  plus facile à poser dans les rues et les chaussées.

Le déclin de l’industrie du pavé granit s’amorce ………

Les entreprises ferment les unes après les autres.

 

L’année 1920 verra la fin définitive de cette activité locale. Elle aura durée environ 80 ans !!!

De nos jours, il y a des similitudes. (avec le textile !!!)

La fin de cette activité en annonce une autre étant indéniable avec la matière première en abondance dans la région de Basse s/le rupt, la Bresse, Cornimont.

Un massif granitique important et la main d’œuvre est là. (ex employés du pavé).

C’est le début d’un nouveau débouché à savoir « le monument funéraire en granit ».

Quelques entreprises se lancent dans le funéraire en granit en opposition aux monuments en pierre calcaire, matériau beaucoup moins résistant que le granit.

Bien avant le déclin du pavé, quelques granitiers commençaient à exécuter des monuments funéraires dont mon arrière-grand-père Claude ETIENNE qui était tantôt paysan, tantôt granitier.

C’est son fils, Isidore ETIENNE, mon grand-père qui reprendra l’affaire de son père en 1890.

Mais rapidement, son entreprise grandit pour atteindre en 1896 environ 30 personnes (un livre d’or témoignage de l’importance de son entreprise).

Son entreprise ne cessera de grandir pour atteindre un effectif d’environ 400 personnes :300 dans les Vosges + 100 en Bretagne à Perros-Guirec ( Côtes d'Armor) cette région de Bretagne appelée « Côte de granit rosé » sera découverte an 1922 par Isidore Etienne. De 1922 à 1926. Isidore Etienne investit dans l'achat de nombreux terrains , promis à d'énormes capacités

extractives de « Rosé Clarté » et le « Traouiëros », lieu commun des professionnels du bassin granitique verra par la suite l'arrivée de nombreux carriers.

Ces deux granits de Perros-Guirec seront largement diffusés sur le marché national et international.

L'industrie du funéraire et du monument commémoratif après les deux guerres mondiales verra une très forte expansion.

 

Ce fut à l’époque la plus importante graniterie de France.

Isidore ETIENNE importa en 1912 d’Ecosse et d’Allemagne des machines électriques très modernes pour le sciage et le polissage du granit.

Des constructeurs vosgiens, tels que la maison Althoffer de Remiremont, sur des idées de leurs collègues étrangers créent des machines très innovantes pour le travail du granit.

 

La période 1930/1950, verra la création  de nombreuses entreprises de granit dans la vallée de la Moselotte et dans le secteur de Senones.

L’activité des granitiers français se réduira considérablement durant le conflit mondial 1939/1945. Les deux conflits mondiaux seront pour les granitiers des débouchés pour la construction de monuments commémoratifs en granit des Vosges principalement.

C'est à partir de 1950 que les granitiers français et les vosgiens en particulier , fidèles à leur tradition, verront leur capacité d'innovation et de modernisation se concrétiser

Depuis le début de l’industrie granitière dans les Vosges, les granitiers transformaient essentiellement du granit Vosgien, gris bleu, rouge de Senones sauf quelques entreprises qui importaient directement des granits scandinaves, labrador bleu ou vert, balmoral de Finlande, noir de Suède etc…

En 1950, l’entreprise Gremilliet de St-Amé donnera aux granitiers Vosgiens, un nouvel élan à la profession, en important massivement des blocs bruts de Scandinavie, d’Afrique du Sud et plus tard des Indes et du Brésil.

Ces différents granits étaient stockés à St-Amé. Les granitiers achetaient au fur et à mesure de leurs besoins. Le choix des couleurs a permis de proposer à la clientèle de nouveaux granits dont les ventes ont augmenté considérablement.

La production se modernise avec l’arrivée du carbure de silicium (qui remplace la grenaille d’acier) pour le sciage et le polissage. Bien entendu, les machines s’adaptent à ce nouvel abrasif.

Jusqu’aux années 1950/1953, le découpage de petites épaisseurs (3 à 10 cm) se faisaient avec des débiteuses « col de cygne ». Elles utilisaient des disques d’environ 30/40 cm de diamètre sertis de carbure de silicium, la longévité de ces disques était très réduite vu la dureté du granit ( en fonction de son utilisation).

 

L’année 1954 sera le départ de l’utilisation du diamant synthétique dans la profession.

A cette époque, l’entreprise JADEM du Nord de la France (diamant naturel) fait des essais, en faibles épaisseurs avec des disques de 300 mm de diamètre, dans quelques graniteries Vosgiennes, essais très performants par rapport aux disques en carborundum, tant en qualité qu’en longévité de l’outil.

L’avenir du diamant a débuté et son utilisation sera sans limite. Progrès de nos jours, il est courant de scier, adoucir, polir (brillant) et même fraiser (moulures) .

L’utilisation d’outils diamantés sera un formidable pas en avant dans la transformation du granit en France.

On peut citer quelques dates importantes , à savoir :

·       1953 Utilisation de petits disques ( diamètre 500) diamantés pour le sciage de petites épaisseurs.

·       1955 Têtes de polissoirs à 4 meules fabriquées par Choeler et commercialisé par Paul Gremillet.

·       1980 Sciage au fil avec du carbure de silicium ( abrasif utilisé pour la 1ère fois par les Frères Brusson

·       de Montrevel (03)

·       1970 Polissoir automatique à plat de chez Thibaut de Vire (14) installé chez Claude Saclusa

·       de Pouxeux (88)

·       1973 Premier grand disque diamanté ( diamètre 2500) chez Bruno Adami au Thillot (88)

·       1990 Fil sciage à concrétion diamanté

·       1950 Négoce de blocs bruts de Scandinavie par Paul Gremillet destiné aux granitiers. ^ 1960 Première importation en France de granit d'Afrique du Sud par Isidore Etienne.

·       1977 Création de Mondial Granit par jean Paul Gremillet qui reprend l'activité de négoce des blocs bruts de son père Paul Gremillet. Cette entreprise d'import/export commercialisera en 1980 de nouveaux granits dit « veinés » provenant d'Afrique du Sud. A ce jour une palette exceptionnelle de « veinés » sont importés d'Afrique du Sud, Scandinavie, Brésil, Inde, Chine...........

·       1988 Une nouvelle usine de sciage et polissage de tranches minces se construit à St Etienne Les Remiremont. L'entreprise Granit Leader fait aujourd'hui partie du groupe Mondial Granit.

 

 

On peut affirmer que les 30 glorieuses (1950/1980) seront une période exceptionnelle pour l’industrie granitière Vosgienne tant au niveau des débouchés qu’au niveau de la modernisation des machines.

L’arrivée des granits étrangers sur le marché français verra, malheureusement pour les granits vosgiens, le début du déclin des carrières locales. A ce jour, deux carrières sont encore en activité !!! Pour combien de temps ?

La décennie 1980/1990 verra l’apogée des granitiers Vosgiens et français en général :

·       Modèle de monuments plus simples donc plus accessibles à une nouvelle clientèle

·       Création de vastes ateliers modernes

·       Installation de machines automatisées (marbriers)

 

Les nouveaux granits « veinés » sont importés massivement par Mondial Granit, entreprise spécialisée dans l’import/export  de blocs bruts.

Quelques entreprises vosgiennes diversifient leurs productions en :

·       Bordures de trottoirs

·       Mobilier urbain, bacs à fleurs ……

·       Dallage pour la décoration et le bâtiment

 

Le déclin :

 

Les périodes de déclin sont souvent précédées de périodes de prospérité. Le granit n’échappera pas à la règle.

Depuis le début des années 1990, le marché est en décroissance, les raisons sont multiples :

·       Les places dans les cimetières

·       Surproduction

·       Début de la crémation

·       Altération du culte des morts

·       Peut-être crise économique

Et l’on verra plus tard l’importation de monuments des Indes et de Chine ainsi que de bordures de trottoirs, dallage mobilier urbain etc….

 

Toutefois pour pallier à ce fléchissement quelques entreprises, dont la graniterie Petitjean diversifie sa production dès 1980. Elle relance la fabrication mécanique du pavé, de la bordure de trottoir et ensuite d'autres articles tels que dallages, fontaines , mobiliers urbains.

Les Vosges ont été le berceau de l'industrie granitique en France, sous l'impulsion et le dynamisme d'hommes exceptionnels, passionnés par le granit.

Malgré les problèmes conjoncturels de reconversion propre à son industrie, les granitiers vosgiens doivent s'adapter aussi bien que possible à une plus grande diversité dans l'utilisation du granit.

 

Pierre RIVOALLAN